Un Œil sur IKI – A Game of Edo Artisans

Carte d’Identité

2 – 4 joueurs

14 ans

90 min

Gestion / Collection / Placement

Expert

50 €

Auteur : Koota Yamada
Illustrateur : David Sitbon
Éditeur : Sorry We Are French
Distributeur : Gigamic


Octobre 2021


Une description rapide

Tentez de devenir, en seulement une année, le meilleur « enfant d’Eddo » en veillant au bien être et à la prospérité de la ville et de ses habitants.

Une partie dure 13 manches. Les douze premières représentent les douze mois de l’année divisés en quatre saisons et se déroulent de la même façon alors que la treizième manche, symbolisant le Nouvel An, apparait légèrement différente. Une manche s’organise en trois phases successives :
– Mode de vie. Selon l’ordre de tour, définit par la position occupée sur la piste de Lutte contre les Incendies, les joueurs placent leur pion Ikizama sur la case vide de leur choix de la piste correspondante. Ainsi ils décident par avance du nombre de cases que va parcourir leur pion Oyakata dans la rue de Nihonbashi.
– Actions. Dans l’ordre du tour, définit cette fois-ci par la position de leur pion Ikizama, les joueurs effectuent les deux temps de cette phase :
° Percevoir son revenu ou recruter un Personnage. Le joueur actif choisit entre récupérer 4 Mons (argent) de la réserve ou acheter une carte Personnage disponible en payant son coût. Une fois récupérée, la carte Personnage est positionnée sur une arrière-salle libre du plateau de jeu et un pion Kobun est placé sur la première case disponible de sa piste d’expérience.
° Déplacer son pion Oyakata et effectuer des transactions dans la Grande Rue. Le joueur actif déplace son pion Oyakata dans la Grande Rue du nombre de cases indiqué par la position de son pion Ikizama. Des sandales peuvent être dépensées pour ajouter des déplacements supplémentaires. Si, lors de ce mouvement, le pion Oyakata effectue un tour complet de la Grande Rue, tous les pions Kobun du joueur actif avancent d’une case sur les pistes d’expérience de leurs cartes Personnage. Ensuite, une fois le déplacement terminé, le joueur actif peut effectuer des transactions avec la boutique de la case où se trouve son Oyakata ainsi qu’avec l’un des personnages des deux arrières salles. Il s’agit le plus souvent de récupérer des ressources (riz, sandales, bois), de les échanger contre de l’argent ou des points de victoire, d’acheter du poisson, des pipes et du tabac, ou encore de pouvoir construire un bâtiment. Si jamais le joueur actif effectue une transaction avec un personnage appartenant à un adversaire, le pion Kobun de cette carte avance d’une case sur la piste d’expérience correspondante. S’il atteint la dernière case, ce personnage part à la retraite. La carte est placée dans la colonne du plateau personnel de son propriétaire qui récupère par la même occasion son pion Kobun.
– Évènements. Ils sont différents selon le mois venant de se terminer :
° Mois 1, 2, 4, 7, 10. Un Mons est placé sur chaque carte Personnage encore disponible.
° Mois 3, 6, 9, 12. Les joueurs retirent du jeu les jetons et cartes correspondantes à la saison venant de s’achever et mettent en place ceux de la saison suivante. Ils perçoivent leur revenu, c’est à dire les premières récompenses visibles des pistes d’expérience sur lesquelles leurs Kobuns figurent ainsi que la plus haute récompense de leurs personnages à la retraite. Ensuite, il reçoivent un Bonus d’Harmonie des Nagayas sous forme de points de victoire selon le contrôle des personnages de même type présents dans chaque Nagaya (maisons formée de quatre arrière-salles). Enfin, les joueurs doivent dépenser un riz par Kobun déployé sur le plateau de jeu.
° Mois 5, 8, 11. Le joueur actif pioche au hasard une tuile Incendie. Le feu se propage alors dans ce Nagaya de l’extérieur du plateau vers l’intérieur et détruit toutes les arrières salles dont les contrôleurs ne disposent pas d’un niveau suffisamment élevé de Lutte contre l’incendie pour éteindre le feu. Dès qu’un joueur a les capacités de l’éteindre, l’incendie cesse.
Lors de la treizième et dernière manche, les joueurs peuvent placer directement leur pion Oyakata sur une case de la Grande Rue et effectuer les transactions en ignorant les autres étapes.

A la fin du Nouvel An, la partie s’achève. Le décompte final prend en compte :
– Les points accumulés tout au long de la partie sur la piste de score
– Les points donnés par la variété des cartes Personnage recrutées
– Les points donnés par le nombre de poissons différents achetés
– Les points des blagues à Tabac (doublés si le joueur possède une pipe)
– Les points des bâtiments selon leurs conditions
– Les points des ressources restantes
Le joueur avec le plus de points de victoire à l’issue de ce décompte remporte la partie.

Oui ou Non

  • Une édition sublime (illustration, matériel, règles, pictogrammes…)
  • Une thématique parfaitement respectée et ancrée dans la mécanique
  • Un jeu expert complet associant programmation, placement, gestion, amélioration de capacités, collection, réalisation d’objectifs personnels
  • Une expérience originale provenant de ce mélange de mécaniques
  • Une tension extrême
  • Des intéractions fortes et omniprésentes tout en restant polies et présentant un côté presque « politique »
  • Le système ingénieux du départ à la retraite des Personnages
  • Une atmosphère apaisée autour de la table
  • La prise de risque sur le positionnement en rapport aux incendies pouvant se déclarer
  • Un hasard obligeant à des réflexions tactiques
  • Des situations de jeu mouvantes incitant à l’opportunisme tactique
  • Un temps de jeu condensé
  • Une belle fluidité
  • Un équilibre proche de la perfection
  • Un décompte de points finalement plutôt simple
  • Une version deux joueurs convaincante
  • Une grande rejouabilité
  • La participation active contre les incendies n’est pas forcément payante par rapport à quelqu’un qui ne va pas lui consacrer la moindre action

En Résumé

Il y a des noms qui « sonnent et qui raisonnent ! Yeah yeah yeah… » IKI fait parti de ses titres immédiatement mémorisables dès que quelqu’un en fait écho. Trois lettres pour évoquer le Japon ancien. Trois lettres pour définir un jeu à la réputation sans faille. Trois lettres que je ne cesse de conseiller à qui veut l’entendre depuis ma demie-partie vichyssoise !

Le Japon c’est « Si(t) bon » ! Vous me pardonnerez ce jeu de mot facile permettant de saluer le magnifique travail de l’illustrateur. Certes, la version initiale d’IKI possédait une identité graphique très spécifique et particulièrement réussie. Mais cette réédition est tout simplement somptueuse. Chaque dessin fait côtoyer l’histoire avec la modernité dans une élégance folle. Les détails sont bluffants. Les tons doux employés résument parfaitement la finesse du Pays du Soleil Levant. L’atmosphère qui en découle est sereine et apaisée, un peu à l’image d’un TOKAIDO alors qu’IKI va réclamer beaucoup plus de rigueur et de réflexions.

Et puis, il y a ce matériel, sans faute également. La lisibilité est impeccable. L’iconographie parle en un coup d’œil. Les règles sont claires et parfaitement illustrées. Les figurines, très stylisées, aident à l’immersion et sont particulièrement agréable à manipuler. Rien qu’en ouvrant la boîte, tout le monde autour de la table est déjà conquis, encore plus quand le mont Fuji surgit de l’intérieur du couvercle pour encore davantage nous envoûter.

Et le plaisir ne va pas s’arrêter à l’apparence car IKI propose un jeu d’une très grande richesse. Déjà, toutes les options tactiques et stratégiques sont d’une tension rare. Les ressources sont par exemple particulièrement difficiles à récupérer. Les déplacements doivent être anticipés plusieurs tours à l’avance. Il faut également se protéger des incendies pouvant causer de terribles pertes… La frustration est omniprésente tant il est impossible de tout faire dans un temps de jeu très condensé et limité à seulement 13 tours. On pourrai croire que la mécanique de déplacements nous fait tourner en rond, au sens propre comme au figuré, et finalement pas du tout. Les éléments de jeu changent considérablement d’un tour à l’autre, si bien qu’il faut optimiser au mieux chaque tour en fonction de ce qui est possible et disponible.

Car le deuxième gigantesque atout d’IKI, ce sont ses interactions fortes et permanentes qu’il porte sans jamais être frontales ni agressives. Du choix de mouvements jusqu’à l’utilisation des capacités des personnages, en passant par la lutte contre les incendies, il est impossible de jouer sans prendre en compte les actions de ses adversaires. Le titre prend alors une toute autre ampleur que les autres jeux de collection sans aucun doute plus solitaires.

IKI incarne également parfaitement la thématique. Je ne vais pas revenir sur l’esthétique mais même mécaniquement, tout fait sens. Cette balade dans la rue de Nihonbashi à la rencontre des différents commerçants et artisans est plus immersive que la plupart des prétextes d’autres jeux de gestion s’en rapprochant. D’ailleurs, il est difficile de réellement définir IKI. Si la collection de différents éléments, dont les personnages, est l’objectif principal, le jeu propose aussi un brin de programmation, assume son côté gestion de ressources, met huit orteils dans de l’amélioration de capacités, deux orteils dans du placement presque abstrait et un orteil dans de la construction de scoring personnel. Souvent, quand un jeu est aussi complet et propose un peu de tout, rien n’est vraiment abouti. Ici c’est tout l’inverse. Tout ce qu’il met en scène s’articule harmonieusement, précisément et avec intensité.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, IKI est extraordinaire ! Il réunit tout ce que j’aime dans un jeu de société. Il apparaît complexe au début pour devenir fluide et logique par la suite. Les sensations sont singulières alors qu’il condense et associe des mécaniques de jeu connues. Sa difficulté ne vient jamais prendre le dessus sur le plaisir ludique. La présence du hasard sur le déclenchement des incendies ne vient en rien gâcher le contrôle que l’on a mais sert au contraire de base aux options tactiques à opérer. Les intéractions obligent à une anticipation poussée. Les changements de situations poussent aux adaptations nécessaires tout en ne négligeant pas les opportunités qui peuvent se présenter. Non vraiment, moi je dis : IKI ki Houra !


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