Carte d’Identité

Auteurs : Mandela Fernandez-Grandon & Fabio Lopiano
Illustrateur : Ian O’Toole
Éditeur : Super Meeple
Distributeur : Neoludis

1-4 joueurs

14 ans

90 min

60 €

Avril 2026

Exemplaire Presse
Thématique
Esthétique
Complexité
Réflexion
Ambiance
Interactions
Variété
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Placement d’ouvriers

Expert
Description Rapide

Incarnez l’un des clans fondateurs de l’empire de Tawantinsuyu et aidez les Ayars dans leurs missions afin de fonder leur civilisation.

Obtenir le plus de points possibles en retenant uniquement ceux de son marqueur le moins avancé sur la piste de score.

Une partie se déroule en quatre manches, composées d’une phase de jour et d’une phase de nuit.
Lors de la phase de jour, les joueurs alternent leurs tours de jeu et réalisent cinq étapes successives pour chacun d’eux. Le concurrent actif commence par choisir un de ses marqueurs Étape pour le déplacer sur un emplacement libre à côté de sa grille personnelle des tambos. Ensuite, il déplace l’homme Ayar, correspondant à la couleur du marqueur Étape sélectionné, sur le plateau principal d’un nombre de cases indiqué sur l’emplacement d’accueil du marqueur Étape. Puis, le joueur actif récupère un tambo dans la rangée ou la colonne faisant face au nouveau positionnement du marqueur Étape choisi. Il le positionne sur un emplacement Activité vide du plateau principal, se trouvant sur le chemin de l’Ayar venant de se déplacer et derrière lui. Le joueur actif réalise alors l’activité recouverte avec une force égale au nombre de tambos absents de la ligne ou la colonne faisant face à son marqueur Étape. Il existe quatre activités possibles permettant de gagner des points de Lune et de Soleil de manière différente (en fin de manche). La Poterie consiste à récupérer des récipients dans le but de collectionner ceux de même type. Le Tissage permet de récupérer des textiles afin de les agencer dans sa zone personnelle dédiée. L’Agriculture permet de placer des cubes de maïs dans la zone spécifique dans un souci de majorité. La Construction consiste à déplacer son radeau sur le lac afin de bâtir des îles. Enfin, à la fin de son tour de jeu, le joueur actif peut placer un temple si ce symbole apparaît après le retrait du tambo utilisé lors de ce tour, peut bénéficier d’un bonus personnel si une ligne ou une colonne se trouve entièrement vidée de ses tambos. Aussi, si un homme Ayar atteint ou dépasse, par son déplacement, une tuile Raymi du plateau principal, les joueurs gagnent de la dévotion au dieu Soleil Inti. Les participants comptent alors les soleils qu’ils possèdent dans l’activité affichée sur la tuile et augmentent leur compteur Inti en conséquence.
Lors de la phase de nuit, l’homme Ayar ayant le moins progressé sur le plateau principal est retiré et rejoint sa femme dans la zone Temple. Le joueur ayant posé le plus de maïs dans la zone Agriculture reçoit le viracocha du couple alors réuni. Les viracochas permettent de débloquer des avantages instantanés ou permanents. Les joueurs ayant construit des temples dans la rangée des dieux venant d’être réunis gagnent les points Lune des activités affichées sur les temples personnels construits. Puis, tous les joueurs retirent le marqueur Étape de la couleur de l’homme Ayar enlevé pour le placer sur un emplacement Lune de leur plateau personnel afin de décompter l’activité recouverte par ce pion. Enfin, les joueurs gagnent en points Soleil la valeur de leur compteur Inti.

La partie s’achève après la quatrième phase de nuit. Les joueurs peuvent alors regrouper leurs Lamas acquis lors de la partie pour gagner des points Soleil et/ou Lune supplémentaires. Enfin, leur score final est déterminé par la position de leur marqueur le moins avancé sur la piste de score.



Oui ou Non

- Un thème attrayant et logiquement respecté
- Une direction artistique douce, chaleureuse et très attirante
- Une iconographie impeccable
- Un livret de règles très clairvoyant
- Des règles accessibles pour un jeu expert portant des réflexions fortes et inhabituelles
- Des interactions fourbes et permanentes avec une surveillance serrée des adversaires
- Le système pyramidal des nombreuses possibilités en début de partie qui s’amenuisent progressivement
- Une tension qui augmente au fur et à mesure de la partie
- La recherche du « timing » dans la réalisation des décomptes de points
- Le concept des deux types de points de victoire à équilibrer le plus possible
- Une grande fluidité

- Des actions classiques et sans grand intérêt si prises individuellement
- Meilleur à partir de trois joueurs (plus tendu)



Mon Avis
Comment ne pas s’intéresser à AYAR lorsqu’on a tant aimé SANKORÉ et MERV (je vous passe les sous-titres) ? Et même si je me détourne de plus en plus des jeux très experts, il m’est difficile de résister à une proposition aussi alléchante que celle-ci !
En premier lieu, c’est la direction artistique qui attire irrésistiblement et rappelle les excellentes sensations des deux titres de la même série. Oui, AYAR s’inscrit dans la continuité de MERV et de SANKORÉ, avec une certaine similitude graphique. On retrouve, en effet, les couleurs joyeuses et presque pastel qui donnent au titre une allure douce et chaleureuse. Le matériel est aussi impeccable que dans les deux précédents opus. Mention spéciale pour les figurines Ayar, homme et femme, qui une fois réunis, s’emboîtent parfaitement. Avez-vous remarqué également les dorures fines ornant quelques détails des pions ? Véritablement, la direction artistique est une vraie réussite et procure, à elle seule, un plaisir indéniable.
La direction artistique est une vraie réussite et procure, à elle seule, un plaisir indéniable.
Difficile également de ne pas évoquer la perfection de l’iconographie. Il n’est, à aucun moment, nécessaire de revenir à la règle du jeu, et ce même lors de la première partie. Tout est extrêmement clair, précis et sans doute possible. Cette droiture est d’une importance capitale, encore davantage pour les jeux experts, car elle permet une grande fluidité et laisse les joueurs se concentrer uniquement sur leurs sensations, leurs réflexions et leur plaisir, sans dispersion aucune. Le livret de règles suit également cette droiture. Il est impeccable, très clairvoyant et parfaitement bien illustré et aéré. En résumé, sur le plan éditorial, AYAR est un bijou et peut servir de modèle à beaucoup de titres.
Thématiquement, AYAR suit la ligne de sa tribu, avec l’envie immense de plonger les joueurs dans l’histoire de civilisations lointaines et exotiques. Les voici donc débarqués sur les terres mythiques des Incas. Comme dans MERV ET SANKORÉ, les sensations restent très mécaniques et le thème s’éloigne beaucoup, au fur et à mesure des tours de jeu, de l’esprit des participants. Mais, les choses font, tout de même, sens. La disparition d’un homme Ayar, à la fin de chaque manche, rejoignant sa femme au Temple, en est le parfait exemple. Aussi, le double « scoring », de la Lune et du Soleil, reprend avec justesse les symboles spirituels et historiques de la civilisation prise pour thématique. En ce sens, si AYAR n’est pas le jeu le plus immersif du monde, il conserve une grande cohérence vis à vis de son thème, qu’il met en lumière de belle façon.
Il conserve une grande cohérence vis à vis de son thème, qu’il met en lumière de belle façon.
Mécaniquement, AYAR est une merveille ! Son système principal repose sur un placement d’ouvriers dans une grille personnelle et sur un plateau commun. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil de Cuzco, me direz-vous ! Sauf que les possibilités d’action s’amenuisent au fur et à mesure de la partie avec la disparition d’un homme Ayar à la fin de chaque manche. Si je résume, les joueurs sont, au début, inondés de possibilités tactiques de faibles portées, et en fin de partie, se retrouvent extrêmement contraints, mais avec des forces d’actions élevées. Ce système pyramidal est aussi ingénieux que rare et génère une tension omniprésente et croissante.
Ce système pyramidal est aussi ingénieux que rare et génère une tension omniprésente et croissante.
L’autre idée de génie réside dans le double « scoring ». En effet, seul le curseur le moins avancé, en fin de partie, déterminera le score final des joueurs. Ceci oblige les concurrents à rechercher en permanence l’équilibre entre les points Soleil et les points Lune. Mais les décomptes de points, à la fin de chaque manche, ne sont là que pour entériner ceux acquis lors de la partie, dans une certaine souffrance. En effet, chaque petit point est une besogne et cette lutte pour leur acquisition est absolument délicieuse. Alors pourquoi est-ce si difficile ? Car ce sont les joueurs eux-mêmes qui décident de leurs décomptes de points à certains moments et dans des secteurs précis. Vous comprendrez aisément que, de cette mécanique malicieuse, découle des interactions fortes et fourbes et un sens du timing sournois. Certains « scoring » n’auront pas lieu, d’autres seront plus rapides que d’autres à arriver… Les choix stratégiques donnent mal à la tête pour optimiser chaque décompte, tant il y a de paramètres à prendre en compte à chaque tour de jeu, pour soi et pour les adversaires.
Des interactions fortes et fourbes et un sens du timing sournois.
Et pourtant, le jeu est d’une fluidité exemplaire. Les tours de jeu s’enchaînent de façon à jouer en moins de deux heures à quatre joueurs, chose assez rare pour être signalé. Les quatre mini-jeux que proposent les quatre actions principales du jeu sont assez simples à prendre en main pour que les explications de règles ne durent pas plus de quinze minutes. Non franchement, AYAR est un concentré expert de bonheur ludique. Alors, oui, on peut être légèrement déçu de la nature des actions à réaliser, très classiques, et prises individuellement sans grand intérêt. Il s’agit de pose de tuiles pour le Tissage, de collection pour la Poterie, de majorité pour l’Agriculture ou de parcours pour la Construction. Mais le fait que ces options soient très élémentaires renforce l’accessibilité du titre et ne gâche en rien sa capacité réflexive.
Sans surprise, j’ai adoré AYAR. Voilà un jeu expert, plus facile à sortir que certains, avec un temps d’explication et de jeu raisonnable pour un plaisir ludique de haute voltige. La mécanique est globalement très originale et sophistiquée. Elle porte des réflexions fortes, inhabituelles et des interactions intenses et subtiles. AYAR est un vrai soleil.

Au Final

Majestueux !
Un jeu expert singulier aux règles accessibles, mais aux réflexions subtiles et inhabituelles !

