La Pâtisserie Rococo

Auteurs : Stefan Malz & Louis Malz
Illustrateurs : Fabrice Weiss
Éditeur : Eagle-Gryphon Games
Distributeur : Eagle-Gryphon Games


1-5 joueurs

14 ans

120 min

65 €

Mars 2026

Exemplaire Presse

Thématique
Esthétique
Complexité
Réflexion
Ambiance
Interactions
Variété

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Cartes / Gestion / Majorité

Expert

Produisez les meilleures pâtisseries pour épater Louis XV lors de son grand festival dans les jardins versaillais.

Obtenir plus de points de prestige que les adversaires.

Une partie se compose de quatre manches, découpées en quatre phases. La première, dite de Préparation, est administrative et permet de réalimenter les ingrédients et les recettes sur le plateau principal. Lors de la deuxième étape, les joueurs choisissent leur personnel. Ils choisissent quatre cartes de leur pioche respective, une sur chaque plateau de cuisson (par un système de rotation et de « draft ») et en défausse définitivement une pour ne conserver que cinq cartes en main. Ensuite, à tour de rôle, ils effectuent des actions. Pour ce faire, ils jouent une carte de leur main, réalisent une des neuf actions principales possibles et utilisent le bonus personnel indiqué sur la carte venant d’être jouée. Attention, il existe deux types de cartes, les Pâtissiers et les Assistants, qui contraignent les actions pouvant être réalisées. Il est donc possible d’acquérir des recettes, un ingrédient, un type de denrée, de cuisiner des pâtisseries (en défaussant les ingrédients et denrées réclamées par les recettes possédées), de décorer des pâtisseries déjà cuisinées (en retournant un ingrédient sur sa face décoration), de livrer des pâtisseries (les vendre contre de l’argent ou les présenter sur une table du plateau principal, de recruter une nouvelle carte Personnelle, de renvoyer un personnel contre de l’argent ou de placer un servant ou un hôte noble contre de nombreux bonus. Les joueurs peuvent également accomplir un bonus spécial s’ils réunissent les conditions demandées. Enfin, lors de la quatrième phase, les joueurs reçoivent leurs revenus (basique et augmenté par les décorations réalisées et les hôtes nobles placés).

La partie se termine à la fin de la quatrième manche. Le décompte final prend en compte les points des pâtisseries confectionnées, des tables occupées par les servants et les hôtes nobles, des bonus spéciaux réalisés, et de l’argent restant à chaque joueur. De plus, pour chaque table, les deux joueurs ayant confectionné le plus de pâtisseries obtiennent les points de majorités.

  • Une mécanique principale toujours aussi plaisante entre « deckbuilding », placement et majorité
  • Le côté gestion de ressources renforcé
  • Le système de coût dégressif de certaines actions, obligeant à un sens du « timing » affiné
  • Un décompte de points final plus évident que le jeu d’origine
  • Un jeu expert solide tout en restant accessible
  • Une thématique bien retranscrite, avec des actions logiques
  • Des interactions subtiles
  • Un jeu d’une grande élégance
  • Une direction artistique peu attirante
  • Un thème moins original que ROCOCO
  • Des changements de règles qui alourdissent l’expérience et rendent le jeu moins fluide
  • Une tension atténuée par rapport au titre d’origine

LA PÂTISSERIE ROCOCO est un « standalone », dérivé de l’illustre et génialissime ROCOCO, lui-même étant une refonte de MAÎTRES COUTURIERS.

On prend donc les mêmes et on recommence… Ou presque. Plus question de confectionner des robes majestueuses pour inonder les salles de bal parisiennes du XVIIIe siècle. Les joueurs s’adonnent désormais à la pâtisserie pour impressionner les plus grandes tables de l’époque. Cette nouvelle thématique est clairement le plus grand changement par rapport à l’ancienne boîte. Les joueurs connaissant ROCOCO ou MAÎTRES COUTURIERS seront donc dans leurs petits souliers. Personnellement, je préfère de loin le premier thème, bien plus original.

S’en est également terminé du format très imposant de la version Deluxe. Le jeu revêt un habit bien moins prestigieux et devient, en conséquence, bien plus abordable financièrement. Le matériel reste tout de même agréable à manipuler, mais on est loin de l’élégance de ROCOCO. Esthétiquement, ce n’est vraiment pas terrible. L’illustration de couverture ne vend pas du rêve malgré l’effet franchouillard assumé. Le plateau de jeu est laid, il faut bien le dire. De là à dire que la pâtisserie est moins tendance que la mode, il n’y a qu’un pas.

Le plateau paraît plus épuré par contre et plus lisible. Mais il y a un problème et non des moindres. Des informations capitales ont été retirées, notamment le « qui a le droit de faire quoi » indispensable à ce jeu. Et c’est d’autant plus vrai lorsque le nombre d’actions possibles a quasiment doublé. Il y avait cinq possibilités dans ROCOCO pour neuf ici. Les joueurs sont donc obligés de se coller le nez contre l’aide de jeu, seul endroit où le code couleur figure, pour déterminer si leur assistant ou leur pâtissier peut recruter, réaliser des recettes ou encore récupérer des ingrédients. Cela diminue ostensiblement la fluidité et accentue grandement la pénibilité.

Et malheureusement, il n’y a pas que ce presque détail qui entache l’expérience de jeu. Certains ajouts rendent le jeu moins spontané et plus brouillon sans apporter véritablement de plus-value. Les joueurs ont désormais cinq cartes en main au lieu de trois, dont deux qu’ils « draftent » au début de chaque manche et une qu’ils écartent du jeu. L’étape de choix des cartes devient donc bien plus longue et alambiquée. Aussi, les participants gèrent désormais des denrées et des ingrédients, ce qui complexifie le côté gestion. Mais étrangement, la tension est moindre dans tous les secteurs du jeu. Les concurrents ont plus d’argent et plus de ressources, et les courses aux éléments se font plus discrètes. En effet, comme la réalisation des gâteaux se fait en deux temps, on ne coupe plus l’herbe sous le pied d’un adversaire de manière brutale. De plus, les ressources sont visibles, de quoi laisser une marge de manœuvre et d’adaptation. Aussi, il n’existe plus que deux types de commis, ce qui diminue les blocages et abaisse le niveau des sélections de cartes réalisées en début de manche. En résumé, le jeu est nettement moins tendu, et c’est bien regrettable, alors qu’il est plus complexe à appréhender.

Reste tout de même que les bases sont solides et que LES PÂTISSERIES ROCOCO propose un très bon jeu expert « light ». Même si je ne suis pas fan des changements effectués, le titre tient clairement la baraque. Le système d’actions et de bonus à appliquer dans la recherche de l’optimisation parfaite reste un des meilleurs encore aujourd’hui. Il s’imbrique à la perfection avec un « deckbuilding », même si celui-ci prend clairement moins de place dans le « gameplay ». La recherche de majorités en fin de partie s’avère toujours aussi efficace, et pour le coup, le décompte final se veut moins tordu. Reste une question personnelle et existentielle… Pourquoi ce jeu ? Pourquoi ces changements dans la forme qui ne bouleversent rien dans le fond ? Si vous ne connaissez pas ROCOCO, vous pouvez y aller. Mais ne vendez pas votre ancienne boîte pour vous mettre à la pâtisserie. Ce changement aurait un goût amer…

Solide !

Un jeu dérivé de Rococo, plaisant et efficace, mais dont l’expérience moins tendue et plus alambiquée peut décevoir !

Un grand merci à ESPRIT JEU,
Boutique partenaire, qui par son soutien, m’a permis de réaliser cette chronique en me fournissant un exemplaire du jeu.



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