Paneveggio – Naissance d’un Luthier

Auteur : Lionel Graveleau
Illustratrice : Apolline Etienne
Éditeur : Creative and Cool
Distributeur : Pixie Games


1-4 joueurs

14 ans

90 min

38 €

Octobre 2025

Exemplaire Presse

Thématique
Esthétique
Complexité
Réflexion
Ambiance
Interactions
Variété

☑☑☑☑☐
☑☑☑☑☐
☑☑☑☑☐
☑☑☑☑☑
☐☐☐☐☐
☑☑☐☐☐
☑☑☑☐☐


Programmation / Gestion / Cartes

Expert

Incarnez un jeune luthier en 1700, désireux de proposer les plus beaux violons aux plus grands musiciens.

Posséder plus de points de prestige que les adversaires.

Une partie est une succession de tours de jeu durant lesquels le joueur actif réalise deux étapes. Lors de la première, il peut modifier sa partition en payant 1 Étude pour chaque changement. Il est ainsi possible de déplacer une note sur la ligne du dessus ou du dessous, interchanger deux notes adjacentes ou encore décaler d’un temps toutes les notes vers la droite ou vers la gauche. Ensuite, le joueur actif réalise soit une séquence d’Atelier, soit une séquence de Conservation. Une séquence d’Atelier consiste à réaliser les actions indiquées par les jetons Note sur les lignes de sa partition de gauche à droite. Les jetons Note situés sur la même ligne d’action et adjacents rendent l’action entreprise plus puissante. Aussi, il est possible de se défausser de cartes en main du type de l’action réalisée pour l’améliorer. Il est ainsi possible de stocker du bois dans son entrepôt (le bois se compose d’un jeton Violon et de jetons Lutherie d’un nombre variable selon la puissance de l’action entreprise), de récupérer des jetons Étude (selon la puissance de l’action), de confectionner un violon pour un musicien (de valeur égale ou inférieure à la puissance de l’action) présent dans sa zone de jeu, dans la zone de jeu d’un adversaire ou sur le plateau du Maître Luthier, de développer ses relations pour piocher des cartes depuis sa zone de contact, la pioche ou par un échange avec un la zone de contact d’un partenaire (d’un nombre égal à la puissance de l’action) ou activer la capacité (réclamant une puissance d’action égale ou inférieure) d’un musicien possédant un violon personnel, ou restaurer un violon en ajoutant des jetons Lutherie sur ses violons (autant que la puissance de l’action sans jamais dépasser une hauteur de quatre jetons par violon). La fin d’une séquence d’Atelier se termine par l’activation des effets de fin de tour d’un de ses musiciens, l’agencement de sa zone de contact et l’usure de tous ses violons (retrait d’un jeton Lutherie). Si le joueur actif choisit plutôt de réaliser une séquence de conservation, il commence par déplacer tous ses violons dans sa zone Patrimoine sur l’emplacement correspondant au prestige des musiciens à qui ils appartenaient. Les jetons Lutherie deviennent de l’argent ou de l’Étude. Ensuite, le joueur actif peut ajouter (ou reprendre en main) de nouvelles cartes Apprentis ou Musiciens dans sa zone active en respectant les prérequis (agencement de la partition pour les apprentis, qualité des violons détenus pour les musiciens).

Dès qu’un joueur a confectionné douze violons, la partie se termine. Le décompte final pour déterminer le vainqueur prend en compte essentiellement les points des violons confectionnés et ceux des cartes Apprentis.

  • Une direction artistique très élégante
  • Un matériel de belle qualité
  • Une thématique originale et bien concrétisée
  • De la programmation subtile pour un jeu expert exigeant
  • La mécanique innovante de gestion des actions autour d’une partition
  • Des interactions positives
  • Une course tendue
  • Un livret de règles manquant de clairvoyance
  • Des sensations répétitives
  • Des tours de jeu trop longs
  • Un jeu difficile d’accès aux sensations perturbantes

Après DJESER, qui ne me laisse pas un souvenir impérissable, PANEVEGGIO est le deuxième jeu de Creative and Cool que j’ai l’occasion de chroniquer. Les deux titres n’ont pas grand-chose en commun puisque PANEVEGGIO s’adresse à un public bien plus averti que DJESER.

Je dirai même très expert, le public ! Si, de premier abord, la boîte de taille moyenne et le matériel restreint laisse penser à une expérience abordable, il n’en est rien ! PANEVEGGIO est un jeu expert très exigeant. D’ailleurs, le livret de règles ne fait guère illusion avec sa vingtaine de pages. À ce propos, tout n’est pas d’une clairvoyance folle… J’ai dû relire certaines phrases trois fois pour comprendre leur sens. C’est quelque peu décourageant et peu engageant, mais la persévérance ça me connaît !

La persévérance, il en faut aussi pas mal au sein même d’une partie. L’enchaînement des actions à réaliser lors de son tour de jeu prend un certain temps. Alors, quand on est actif, ça passe, mais quand on attend, ça casse ! Quoi que, pas tant que ça… On a le nez penché sur nos musiciens et nos violons pour tenter d’anticiper sur le prochain, voire les prochains tours ! Oui, car PANEVEGGIO ne pardonne pas. La programmation qu’il met en scène est si subtile qu’il faut une sacrée concentration pour parvenir à prévoir et à optimiser chaque coup. D’ailleurs, cette haute dose stratégique que le jeu porte est à la fois une force et une faiblesse. Si certains joueurs vont se sublimer dans cette difficulté, d’autres vont être complètement décontenancés par autant de finesse.

J’avoue me positionner dans le clan des derniers de la classe. Je me suis sentie dépassée. De ce fait, je reste sur mon petit plateau, évitant toute interaction qui rendrait ma tâche encore plus compliquée et j’évite comme je peux de bouger trop mes notes sur ma partition pour tenter de me rassurer, de trouver un refrain coutumier. Le souci de ces limites que je m’impose, c’est que je tombe vite dans la répétitivité et dans l’ennui.

Pourtant, si l’on prend le jeu dans son entièreté, avec ses interactions positives et ses possibilités nombreuses de changer sa partition, je ne suis pas certaine qu’il soit si répétitif que ça. Et puis, il faut lui reconnaître un autre atout majeur. Cette mécanique d’enchaînements d’actions sur partition est juste dingue d’ingéniosité. Alors, oui, elle n’est pas simple à appréhender, mais une fois maîtrisée, quel pied ! La courbe de progression est énorme et les paquets de cartes pré-construits se révèlent indispensables pour éviter un premier contact vraiment beaucoup trop « hard ».

Et puis, PANEVEGGIO s’avère bien plus immersif que la plupart de jeux de son calibre. La course aux violons se ressent en permanence. C’est d’autant plus agréable que le thème est quand même très très chouette et original. Pour mettre en valeur une thématique aussi prestigieuse, il fallait une direction artistique à la hauteur. C’est chose faite ! Le jeu est d’une grande élégance, que ce soit dans la qualité du matériel ou dans les illustrations sobres et chics d’Apolline Etienne.

C’est assez rare que je le fasse, mais je vais distinguer deux choses dans cette conclusion, à savoir mon ressenti personnel et le jeu de manière objective. Personnellement, je n’y reviendrai pas. Mes trois parties m’ont beaucoup trop mise en difficulté pour que j’ai l’envie de rejouer encore en encore. Mon cerveau n’est pas conçu pour ce casse-tête de haut vol. Il faut savoir reconnaître ses limites et où s’arrête la notion subjective de « jeu ». Par contre, PANEVEGGIO est objectivement un bon titre, inventif, profond, stratégique, dense, et plus fluide qu’il ne l’annonce. Sa mécanique surprend et vous embarque dans quelque chose d’intelligent et d’immersif. L’essayer ce n’est pas forcément l’adopter. Mais il mérite amplement d’être essayé ! À l’image de sa thématique, il n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Costaud !

Un thème attirant et bien concrétisé pour un jeu expert dense à ne pas mettre entre toutes les mains !



Commentez