Un Œil sur MARRAKESH

Carte d’Identité

2-4 joueurs

14 ans

120 min

Placement d’ouvriers / Développement

Expert

Juillet 2023

75 €

Auteur : Stefan Feld
Illustrateurs : Franz Vohwinkel & Patricia Limberger
Éditeur : Queen Games
Distributeur : Atalia


Thématique
Esthétique
Complexité
Réflexion
Interactions
Variété

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Une description rapide

Profitez de toutes les opportunités qu’offre la ville de Marrakech pour vous épanouir !

Une partie se divise en trois saisons, chacune comportant quatre tours de jeu composés de quatre phases :
– Choisir des « keshis » en bois et placer des assistants. Simultanément, les joueurs sélectionnent trois de leurs « keshis » parmi ceux situés derrière leur paravent. Ce choix détermine le placement de leurs trois assistants dans les secteurs correspondants de leur plateau personnel. Enfin, les « keshis » choisis par tous les joueurs sont regroupés pour être jetés dans la Tour à cubes.
– Récupérer des « keshis » en bois et les échanger. Suivant l’ordre du tour de jeu, les joueurs récupèrent au maximum deux « keshis » de même couleur dans la base de la Tour à cubes jusqu’à la vider entièrement. Ensuite, ils sont échangés (selon leur couleur) soit contre des « keshis » en carton placés dans leurs secteurs correspondants, soit contre une avancée d’une case sur les différentes pistes personnelles des joueurs.
– Utiliser les assistants. En respectant l’ordre du tour, chaque joueur active ses trois assistants dans l’ordre de son choix. Il a deux options possibles pour chacun :
° Récupérer un « keshi » en carton de la couleur correspondante au secteur où se trouve l’assistant (ou avancer sur une piste personnelle). Ce « keshi » est positionné dans ce même secteur. Un bonus de pose peut alors être octroyé.
° Effectuer l’action correspondant au secteur de l’assistant. Chaque secteur possède sa propre mécanique et ses finalités singulières :
+ La Rivière permet d’avancer sur la piste correspondante du plateau principal.
+ Le Verger de dattes permet de récupérer des dattes.
+ Le Souk permet d’échanger des ressources ou d’acheter des marchandises de luxe.
+ La Grande Place permet d’obtenir des bonus variés et relatifs à différents secteurs.
+ La Mosquée et le Palais permet de récupérer des dinars et différents bonus en croisant la position des marqueurs des deux pistes.
+ La Medersa permet d’acquérir des parchemins, donnant capacités immédiates, permanents ou de fin de saison et de partie.
+ La Médina fait placer des portes de la ville devant chaque quartier, apportant ainsi des points de victoire.
+ Le Sahara permet de découvrir et d’activer des tuiles Oasis, offrant des points selon conditions en fin de partie.
– Fin de tour. Les joueurs ayant réussi à dépasser le premier rapide de la rivière du plateau principal obtiennent un bonus. Le marqueur Premier joueur change de main.
Une fois les quatre tours effectués, un décompte de saison a lieu. Le joueur étant le plus avancé sur la rivière obtient le bonus de saison correspondant avant que tous les joueurs ne replacent leur navigateur sur la ligne de départ. Les joueurs doivent subvenir aux besoins des habitants en délivrant argent, dattes et eau sous peine de perdre des points de victoire. Les joueurs récupèrent un « keshi » en bois de chaque couleur pour entamer une nouvelle saison.

La partie se termine à la fin de la troisième saison. Un décompte final a lieu pour déterminer le vainqueur et prend en compte :
– Les points accumulés pendant la partie.
– Un bonus pour les secteurs entièrement complétés.
– Les points donnés par trois tuiles Oasis validées.
– Les ressources restantes.

Oui ou Non

  • Un matériel abondant et très lisible
  • Une mécanique accessible en rapport aux choix nombreux et aux dilemmes permanents qu’elle provoque
  • Un hasard donnant un peu de piquant à un titre très bien ficelé
  • Des séquences de « draft » interactives, sournoises obligeant à voir dans les volontés des adversaires
  • Le double choix diabolique entre amélioration et action immédiate
  • Un jeu complet, d’une grande profondeur, intelligent, qui sait rester humble sans rajouter des couches de complexité inutiles
  • Un prix encore très élevé pour une version « Essentielle » manquant de charme
  • Visuellement peu attrayant
  • Un thème jamais ressenti
  • La présence du hasard au cœur de la mécanique d’un jeu expert calculatoire

En Résumé

Depuis le temps que j’entends parler de ce fameux MARRAKESH, victorieux du Diamant d’Or 2023… Le dernier Feld a rayonné avant même que l’on puisse se le procurer en version française. Le voici, fraîchement débarqué, dans sa version « Essentielle », mais déjà en rupture de stocks !

En premier lieu, c’est l’abondance de matériel qui marque. Un matériel, qui d’ailleurs, ne fait pas franchement remarquer, ni par sa beauté, ni par sa modernité. À l’image de l’illustration de couverture, tout apparaît un peu terne et sans vie. Pourtant, c’est bien la vie bouillonnante et effervescente de la ville de Marrakech que le jeu est censé nous faire expérimenter. Mais le thème se trouve très vite relayé au second plan, voire même bien plus loin, devant une mécanique prenante et les réflexions poussées qu’elle provoque.

Revenons quelques instants sur cette version « Essentielle », plus accessible financièrement que la version « Classique ». Elle reste tout de même un sacré investissement. Des jetons en carton remplacent la quasi-totalité des « keshis » en bois, ce qui oblige à quelques manipulations, pas plus perturbatrices que ça, mais dont on aurait aimé se passer. Les plateaux ont été repensés, de sorte que certains quartiers apparaissent sous forme de pistes, délaissant encore davantage la thématique. Le plateau central est réduit et n’accueille plus de ce fait les différentes tuiles, qui viennent ainsi s’installer à côté de lui. Ainsi, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il faut prévoir une grande table pour jouer à MARRAKESH. Certes, cette version manque sans doute de charme, mais elle suffit amplement à tous les amoureux de jeux experts ne gagnant pas le salaire d’MBappe et ne s’attardant pas trop sur les apparences.

Ce hasard peut déranger au sein d’un jeu expert censé être calculatoire à souhait. C’est aussi ce qui donne un peu de piquant et de croustillant à une mécanique très propre sur elle.

Ceci étant dit, revenons à l’essentiel justement, le fond du « game ». On retrouve la Tour, chère à l’auteur, qui laissera plus ou moins passer les cubes d’action sélectionnés par les joueurs pour chaque tour de jeu. Ce hasard peut déranger au sein d’un jeu expert censé être calculatoire à souhait. C’est aussi ce qui donne un peu de piquant et de croustillant à une mécanique très propre sur elle. Oui, ce système de sélection peut frustrer énormément lorsque les déséquilibres s’enchaînent dans un seul sens. Ceci est surtout vrai à deux joueurs où le sort peut effectivement s’acharner. À plus, la chance finit toujours par se montrer égalitaire, même si pour le coup, c’est le temps de jeu qui en prend un certain coup.

La séquence de « draft » de cubes qui suit le résultat du lancer dans la Tour est absolument diabolique, à la fois de simplicité mécanique, mais aussi de profondeur de réflexion. Chaque choix de cube d’action doit être pensé pour soi et contre les autres. On ne va pas se mentir, les joueurs ont tous tendances à se focaliser sur leur propre développement qui réclame déjà énormément d’attention et de concentration. Chaque cube permet en effet d’accroître sa puissance dans un domaine, pouvant rendre une action bien plus lucrative. Et quand il s’agit d’une action choisie, accueillant un ouvrier dont la pose a été conditionnée au début de chaque tour par la sélection de trois « keshis », alors le cerveau fume pour que les correspondances se réalisent avec efficience. Les dilemmes se poursuivent encore lors de la phase d’action qui permet soit de renforcer une action soit de la réaliser. MARRAKESH propose donc une succession de petits choix ayant de grandes conséquences.

MARRAKESH propose donc une succession de petits choix ayant de grandes conséquences.

Ainsi, le jeu repose sur l’utilisation de ces fameux « keshis », choisis pour les actions qu’ils entraînent, puis tout juste après, pour leurs capacités à améliorer un domaine spécifique. Par ce système, Stefan Feld introduit beaucoup de sournoiseries. Les joueurs doivent percevoir les volontés d’actions adverses, pour mieux leur dérober leurs possibilités afin d’économiser leurs propres « keshis » à activer potentiellement plus tard. Les interactions sont fortes, tout du moins à chaque début de tour, et s’appuient sur du « guessing » subtil et rare dans ce type de jeu.

La phase d’action, quant à elle, est bien plus solitaire. Les choix sont extrêmement nombreux et s’entremêlent dans les têtes des participants, qui essayent d’être le plus efficace possible et de faire combiner certains bonus. Entre les bonus instantanés, les capacités permanentes, les points à grappiller en cours de jeu, les objectifs de fin de partie à réaliser, les zones à compléter, MARRAKESH nous en met plein la tête et les yeux. Le titre est complet, abouti et impressionnant d’intelligence et de justesse.

MARRAKESH nous en met plein la tête et les yeux. Le titre est complet, abouti et impressionnant d’intelligence et de justesse.

Nul besoin de faire un dessin, MARRAKESH est un jeu expert absolument fabuleux. Il concentre toutes les qualités de ce qu’a pu proposer l’auteur dans ses précédents opus. Certes, les sensations sont assez froides et très peu ancrées thématiquement, mais l’ingéniosité de la mécanique efface, justement, cette impression très mécaniquement. Avec seulement quelques « keshis » en poche, il est possible de proposer quelque chose de très grand et de costaud sans devenir imbuvable. MARRAKESH est simplement immense !

Au Final

Immense ! ★★★★★

Un « Feld » regroupant tout ce que l’auteur sait faire de mieux !


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